escale-1-2 « Monsieur de Saint Exupéry, je me vois obligé de demander, pour vous, sanction à Paris, vous avez viré de bord trop près des hangars au départ de Casablanca. » Voilà, en teneur, le message que reçoit Néri, le radio d’Antoine de Saint Exupéry, alors que, perdu quelque part entre le désert et la mer, de nuit et sans réponse à ses appels, le pilote de la ligne Toulouse-Dakar tente désespérément de rejoindre l’étape de Cisneros avant la panne d’essence… Ce message, c’est l’implacable Didier Daurat qui l’a dicté, la légende vivante de l’Aéropostale.

D’abord chef d’escadrille durant la Première Guerre Mondiale, il rejoint la société Latécoère en tant que pilote, avant de devenir chef d’exploitation de l’aérodrome de Toulouse par lequel sont passés tous les héros de l’Aéropostale : Lécrivain, Gourp, Saint Exupéry, Mermoz, etc.  Tous gardent de lui un souvenir impérissable. Il impose à ses équipes une discipline de fer, ne tolère aucun retard ni aucune excuse, n’accepte aucun débordement. À Mermoz qui, lors de tests préliminaires, fait une démonstration de pilotage impressionnante, il refuse un poste, au motif que la compagnie a besoin de « chauffeurs d’autobus » et non « d’artistes de cirque ». Il finit par lui donner sa chance mais l’envoie, comme tous les autres, au « royal cambouis », nettoyer les moteurs aux ateliers. Il veut lui forger le caractère. Mais surtout, il souhaite qu’il connaisse sur le bout des doigts les appareils qu’il est appelé à piloter dans un futur proche.

 

Ses méthodes radicales participeront du rayonnement mondial de la société Latécoère tout d’abord, puis de l’Aéropostale. Inculquant à ses pilotes ce qu’il appelle « l’esprit du courrier », les lignes qu’il supervise connaîtront une fiabilité et une ponctualité sans précédent. Immortalisé sous les traits de Rivière dans Courrier Sud, ministre du sacerdoce du courrier, Il est, le temps qu’elle a duré, l’âme véritable de l’Aéropostale. Craint par beaucoup, haï par certains et respecté par tous, c’est lui qui, par ses choix, a apporté à l’aventure sa dimension mythique. Il a, par sa foi inexorable dans les capacités de ses hommes, poussé ses pilotes à leurs plus extrêmes limites. Il a, en un mot, donné ses lettres de noblesse à l’aviation civile.

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